Dans son éditorial paru le 6 juin 2017 dans le quotidien saoudien Al-Riyadh, Musaid Al-Asimi appelle à ne plus considérer Israël comme un pays hostile, afin de se focaliser sur le véritable ennemi, qui serait l’Iran. Selon lui, s’il n’est pas nécessaire de faire des démonstrations d’amitié envers Israël – pays qui occupe des terres arabes, il n’est pas non plus nécessaire de pratiquer une diabolisation injustifiée à son encontre, alors même les Palestiniens et les pays arabes ont déjà signé des traités de paix avec Israël. A la question « qui est l’ennemi ? », il répond que c’est l’Iran, et non Israël, qui menace l’Arabie saoudite, et que tout doit être mis en œuvre pour le vaincre. Faisant apparemment référence au Qatar, sans le nommer explicitement, il appelle également à une action contre les « éléments fourbes » du Golfe qui soutiennent l’Iran.[1] Extraits :

J’ai écrit à plus d’une occasion au sujet de la nature de l’ennemi duquel nous devons nous méfier, et j’ai écrit sur la confusion à laquelle plusieurs des Arabes voudraient nous faire croire et placer au premier plan de nos esprits, et sur les méthodes d’intimidation qui découlent de cette confusion. Il y a ceux qui utilisent ces méthodes pour vous mêler à leurs problèmes, pour obtenir de vous un soutien matériel et politique constant.

Concernant l’hostilité israélienne, nulle personne raisonnable ne doute qu’Israël est un gang qui vole la terre arabe, et qu’il l’a fait avec le soutien international, depuis la Déclaration Balfour puis avec le soutien américain qui perdure jusqu’à nos jours. Toutefois, la description de cette hostilité est exagérée, au point que certains prétendent que les aspirations des Juifs s’étendent jusqu’au sud de la Péninsule arabe. A l’époque, cela a suscité une grande hystérie, au point que les donations pour la Palestine excédaient le budget de quelques grands pays.

En aucun cas ne m’aventurerai-je dans le dédale de la politique, pourtant nous pensons que les Palestiniens ont déjà signé des traités de paix et des accords et qu’ils se sont contentés du peu que ceux-ci leur accordent. [La question palestinienne] est leur question, ils en sont les experts [plus que quiconque] et ce sont eux qui en assument la responsabilité. Ici, je suis en droit de demander : dois-je rester dans un état d’alerte, d’anxiété et de tension à l’égard d’Israël, une fois que celui-ci et les propriétaires originels [de la terre] ont conclu un accord de paix et qu’ils sont toujours impliqués dans un processus de négociations [pour y parvenir] ?

Il ne s’agit pas d’un appel à faire des démonstrations d’amitié envers Israël. Au contraire, notre attitude envers ce pays est quelque peu tendue, car il occupe une terre arabe. Toutefois en tant que citoyen saoudien, que puis-je faire à ce sujet, vu que les Palestiniens au pouvoir ont déclaré la paix avec israël et que d’autres Palestiniens, qui continuent à s’élever contre Israël, sont retournés vivre à Gaza, sachant [parfaitement] qu’Israël les encercle de tous les côtés ? En outre, plusieurs pays arabes ayant une frontière commune avec Israël ont signé des traités de paix définitifs avec lui, comme l’Egypte et la Jordanie, et s’agissant des autres pays, Israël fait ce qui lui plaît.

Après cette longue introduction, n’ai-je pas le droit de dire : qui, alors, est l’ennemi ? De qui dois-je me méfier ? La logique dit que quiconque vous menace et manipule d’autres gens pour vous nuire est votre ennemi ; quiconque contredit votre orientation, cherche par tous les moyens à vous contrer, et vous porte atteinte, est votre ennemi ; quiconque aide ceux qui ont été leurrés par les armes et par l’argent afin que vous soyez malmené est votre ennemi ; quiconque invente un conflit à l’époque du Hadj [pèlerinage à La Mecque], attise la crainte et les problèmes et crée des troubles pour vous faire apparaître comme incapable de gérer cette cérémonie religieuse [est votre ennemi] [2] ; et quiconque sème la panique et cultive les divisions ethniques dans votre pays et dans les pays voisins, dont les problèmes sont importants pour vous, est votre ennemi. Est-il possible qu’après tout cela, il nous soit encore difficile de définir qui est cet ennemi, qui incarne en lui toutes les manifestations de ces choses terribles ?

Absolument pas. La question est tout à fait claire et l’ennemi est à découvert. A plus forte raison, [quand l’ennemi] parle de cela ouvertement et se pointe du doigt, comme pour souligner que vous parlez de lui. Existe-t-il un plus grand ennemi pour nous et nos pays que l’Iran et est-ce qu’Israël [nous] menace, nous influence ou nous préoccupe, ou sème le ressentiment et la haine comme le fait l’Iran ? Par conséquent, focalisons-nous sur notre ennemi véritable et ne transformons pas un autre [élément] en un démon qui inquiètera nos prochaines générations, lorsque ce n’est pas le cas. Nous devons faire tout notre possible pour vaincre cet ennemi [l’Iran] et la chose la plus importante est que nous ne restions pas passifs face à ceux qui sont fourbes [à savoir le Qatar], car l’ami de mon ennemi est mon ennemi, même si c’est un Arabe du Golfe.

Et ainsi, agissons rationnellement et conformément à nos intérêts, et examinons les choses d’un nouvel œil, dans une perspective économique, politique, commerciale et même historique, dans le contexte des bénéfices et des pertes, en tenant compte de [nos] intérêts et de [notre] stabilité. Nous devons le faire pour savoir qui est plus dangereux [en ce qui nous concerne], l’Iran ou Israël, et qui utilise notre ennemi contre nous…

En résumé, je citerai les mots de l’imam Al Ben Abu Taleb que j’ai choisis comme titre de cet article : « Si votre ami vous trompe, traitez-le comme un ennemi [référence au Qatar]. » [3]

Notes :
[1] Référence à la crise actuelle dans le Golfe entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte, d’une part et le Qatar d’autre part, qui a conduit à la rupture des relations diplomatiques. Voir MEMRI en français, Tollé dans les pays du Golfe suite aux déclarations attribuées à l’émir du Qatar louant l’Iran, le Hezbollah, les Frères musulmans et le Hamas, 28 mai 2017.

[2] Voir MEMRI en français, Après l’appel de Rafsanjani à modérer la politique iranienne envers l’Arabie saoudite, Khamenei prononce un virulent discours anti-saoudien, déclenchant un grave conflit avec le Royaume, 14 septembre 2016, faisant référence à l’appel du Guide suprême Ali Khamenei à supprimer le rôle d’administration des Lieux saints de l’Arabie saoudite et à la réaction saoudienne.

[3] Al-Riyadh (Arabie saoudite) 6 juin 2017.

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