Par A. Savyon et E. Kharrazi*

Le 22 avril 2019, l’administration américaine a annoncé qu’à compter du 3 mai 2019, les Etats-Unis ne renouvelleraient pas les exemptions de sanctions imposées aux pays importateurs de pétrole iranien, dans le but de réduire les exportations de pétrole iranien à zéro. Il convient de préciser que, conformément à la politique américaine concernant l’Iran, les Etats-Unis n’ont pour le moment aucune intention d’atteindre cet objectif par des moyens militaires, mais plutôt par le biais de pressions économiques sur les autres pays, pour les inciter à ne pas importer de pétrole iranien.

La stratégie iranienne, en réaction à cette décision américaine, se focalisera apparemment sur les adversaires de l’Iran dans le Golfe, affectant leurs exportations de pétrole par le biais d’attaques terroristes contre leurs installations et leurs pétroliers qui naviguent en mer Rouge, dans le golfe Persique et dans l’océan Indien.

Il convient de préciser qu’en réaction à ce qu’il a qualifié d’ « indications et avertissements troublants et progressifs » de la part de l’Iran, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton a annoncé le 5 mai que les Etats-Unis avaient déployé la formation opérationnelle USS Abraham Lincoln ainsi qu’une formation de bombardiers du CENTCOM dans la région. Ceci, selon lui, afin d’ « envoyer un message clair et sans équivoque au régime iranien, selon lequel toute attaque contre des intérêts américains ou contre ceux de nos alliés se heurtera à une force implacable. Les Etats-Unis ne cherchent pas la guerre avec le régime iranien, mais nous sommes pleinement préparés à réagir à toute attaque, qu’elle provienne d’un mandataire, du Corps des Gardiens de la Révolution ou des forces régulières iraniennes. »[1]

Par crainte des intentions américaines, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a annoncé le 6 mai dans une interview diffusée à la chaîne qatarie Al-Jazira que l’Iran souhaitait conclure un pacte de non-agression avec chacun des pays du Golfe. Il n’a pas fait mention d’une possible activité des milices chiites soutenues par l’Iran.

Le présent rapport examine les menaces iraniennes de bloquer l’exportation de pétrole de ses voisins, et sa capacité à mettre à exécution ces menaces, et inclut une interview de la chaîne Al-Alam avec le commandant de la marine du CGRI, Alireza Tangsiri, dans laquelle il évoque le renforcement de la puissance militaire iranienne dans le Golfe, perçu comme territoire iranien.

Lire le rapport intégral en anglais

L’Iran fermera-t-il le détroit d’Ormuz ?

Si, dans le passé, des officiels iraniens ont régulièrement menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, aujourd’hui ils se gardent bien d’annoncer explicitement qu’une telle menace sera mise à exécution – tout en déclarant que l’Iran est capable de le faire – pour deux raisons principales :

  • Le détroit d’Ormuz est une voie de navigation internationale : le fait de le bloquer constitue un casus belli pour la communauté internationale. Des navires occidentaux, y compris des porte-avions américains, patrouillent dans le Golfe pour assurer la liberté de circulation dans ce détroit stratégique.
  • Le blocage du détroit porterait aussi atteinte aux exportations de pétrole de l’Iran – et pas seulement à celles de ses voisins – et à l’économie du pays.

De ce fait, les menaces des officiels iraniens soulignent juste que si l’Iran ne peut exporter son pétrole, les autres pays du Golfe ne le pourront pas non plus.

Comment l’Iran mettra-t-il ses menaces à exécution ?

Selon les déclarations d’officiels iraniens, la réaction de l’Iran se focalisera donc sur ses voisins et adversaires exportateurs de pétrole. L’Iran pourra réagir en menant des opérations terroristes contre leurs installations pétrolières ou contre leurs pétroliers qui naviguent en mer Rouge ou dans le golfe Persique, afin de les empêcher d’introduire leur pétrole sur les marchés internationaux. Il est également possible que des cyber-attaques soient menées contre l’infrastructure pétrolière du Golfe, comme cela s’est produit en août 2012, lorsque des dizaines de milliers d’ordinateurs du conglomérat pétrolier saoudien Aramco ont été piratés et endommagés, dans le cadre d’une opération imputée à l’Iran.

Il semble que l’Iran préfère opérer – comme il l’a fait par le passé – aux moyens des milices chiites qu’il soutient, telles que les houthistes au Yémen, qui ont tiré en juillet 2018, sur les ordres de l’Iran, des missiles contre des pétroliers saoudiens, causant une interruption provisoire de l’exportation de pétrole saoudien.

Il convient de rappeler qu’en août 2018, le général du CGRI Nasser Shabani s’était vanté que l’Iran avait instruit à la milice pro-iranienne au Yémen, Ansar Allah (c’est-à-dire aux houthistes), d’attaquer deux pétroliers saoudiens, et avait précisé que la milice s’était exécutée. Il avait ajouté que tant le Hezbollah chiite au Liban qu’Ansar Allah au Yémen constituaient la profondeur stratégique de l’Iran, et mis en garde qu’ils continueraient d’être utilisés pour servir les intérêts de l’Iran contre ses adversaires dans la région, en particulier l’Arabie saoudite (voir MEMRI Special Dispatch No. 7612, Statements By Top IRGC Official Gen. Sha’bani Published By Fars News Agency: ‘We Told The Yemenis To Attack The Two Saudi Tankers, And They Attacked’).

Un communiqué du 22 avril 2019 du dirigeant houthiste Abdoul Malik Al-Houthi annonçait que les missiles de son organisation « pouvaient atteindre Riyad et au-delà, ils peuvent atteindre Abou Dhabi et Dubaï et des objectifs sensibles ».

Lire la suite du rapport en anglais

*A. Savyon est la Directrice du MEMRI Iran Media Project et E. Kharrazi est chargée de recherche à MEMRI.

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