Par C. Meital et H. Varulkar*

Les élections présidentielles en Egypte sont prévues pour les 26-28 mars 2018. Deux mois seulement avant les élections, le président en exercice Abd Al-Fattah Al-Sissi a annoncé qu’il solliciterait un second mandat. Il a fait cette déclaration lors d’une conférence qu’il a convoquée au Caire le 19 janvier 2018 pour présenter ses succès, à l’occasion de la fin de son premier mandat. Al-Sissi a appelé les Egyptiens à voter en masse et à élire le candidat qu’ils considéraient le plus digne.[1]

Pourtant, malgré ces déclarations, ces récents mois, le régime d’Al-Sissi a mené une campagne de persécutions contre quiconque ayant annoncé son intention de présenter sa candidature aux élections. Les candidats confirmés et potentiels ont fait l’objet de menaces, d’arrestations et de poursuites visant à les convaincre de revenir sur leur décision. Ainsi, l’ancien chef d’état-major, le lieutenant-général Sami Hafez Anan, qui a annoncé qu’il ferait campagne contre Al-Sissi, a été arrêté pour violation de la loi militaire, qui interdit aux officiers de l’armée de se présenter aux élections s’ils n’ont pas officiellement terminé leur service et demandé une permission de concourir.

L’ancien Premier ministre Ahmed Shafiq, qui devait également être candidat, a succombé aux pressions visant à lui faire changer d’avis. Il semblerait que les mesures prises contre Anan et Shafiq ont incité d’autres membres de l’opposition, comme l’avocat Khaled Ali et l’ancien député Mohammed Anouar Al-Sadate, à se rétracter. Les mesures répressives du régime contre les candidats potentiels et contre les membres de l’opposition ont été soutenues par les médias de l’establishment égyptien, qui les ont critiqués et calomniés, affirmant qu’ils entretenaient des liens avec les Frères musulmans et des éléments hostiles en dehors de l’Egypte, et que leurs activités constituaient une incitation et une trahison contre leur pays.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux Droits de l’Homme, Zeid Raad Al-Hussein, a abordé le sujet dans son dernier rapport annuel. Le 7 mars 2018, il a exprimé sa préoccupation devant le climat de peur entourant les élections présidentielles en Egypte et les pressions exercées sur les candidats pour les inciter à se retirer de la course, y compris au moyen d’arrestations. Le ministère égyptien des Affaires étrangères a réagi en condamnant les propos d’Al-Hussein, affirmant que ses allégations reposaient sur de fausses informations et que l’ensemble des mesures prises contre les candidats étaient légales et transparentes, et appelant Al-Hussein à cesser d’attaquer l’Egypte.[2]

Lorsqu’il s’est avéré qu’Al-Sissi était le seul candidat, les médias de l’establishment égyptien ont, selon certaines informations, commencé à exercer des pressions sur les dirigeants des partis politiques afin qu’ils présentent leur candidature, pour donner l’apparence d’élections ouvertes et démocratiques. La veille de la date limite officielle, Moussa Mustafa Moussa, président du Parti Al-Ghad (Demain), a présenté sa candidature et a été accusé d’être un candidat « fantoche » du régime.

*C. Meital et H. Varulkar sont chargées de recherche à MEMRI

Lire le rapport dans son intégralité en anglais

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