Marwan Muasher, ancien ministre jordanien des Affaires étrangères, a déclaré, dans une interview diffusée sur Dubaï TV, que le monde arabe devrait revoir son modèle économique. Selon lui, le monde arabe devrait passer à un système basé sur « la production et l’efficacité » plutôt que sur la collecte de revenus. Cette transition ne pourra avoir lieu que si les citoyens sont davantage impliqués dans le processus décisionnaire, a-t-il estimé.

Interrogé sur le « Printemps arabe », Muasher a déclaré que les manifestations de 2011 avaient pris fin lorsque les régimes avaient fait comprendre aux manifestants qu’il fallait choisir entre autoritarisme et chaos. Aujourd’hui pourtant, les manifestants n’acceptent plus cette dichotomie et exigent une « troisième option », plus laïque, civile et inclusive. L’interview a été diffusée le 25 décembre 2019. Extraits :

Marwan Muasher : Il faut sérieusement reconsidérer le modèle utilisé par le monde arabe pour gérer ses ressources. Nous ne pouvons pas faire comme dans le passé. Les résultats sont sous nos yeux. Nous devons adopter un système économique qui ne repose pas sur la collecte de revenus, mais plutôt sur la production et l’efficacité. Cela nécessite des changements de législation, afin de pouvoir offrir au secteur privé de plus grandes opportunités. Cela implique également [de mettre en place] des systèmes politiques inclusifs qui permettraient aux citoyens de participer davantage au processus décisionnaire. Dans le monde arabe, on ne peut plus parler, à mon avis, de réformes économiques non accompagnées de réformes politiques.

Journaliste : Voilà qui explique peut-être les manifestations dans plusieurs pays arabes. Nous assistons à des manifestations quotidiennes au Liban ainsi qu’en Irak. Considérez-vous cette vague de protestations comme plus mature que celle de 2011 ?

Marwan Muasher : Sans aucun doute. Si nous observons ce qui se passe en Irak, au Liban, en Algérie et au Soudan, nous constatons que toutes ces [manifestations] sont pacifiques. Même lorsqu’elles ont eu à faire face à de la violence, comme dans le cas de l’Irak, les manifestations populaires sont restées pacifiques. La première vague s’est terminée, dans de nombreux cas, quand les États arabes ont dit à leurs citoyens : soit vous nous acceptez, nous et notre autoritarisme, soit ce sera le chaos. Aujourd’hui pourtant, c’est comme si les citoyens de ces quatre pays disaient : « Désormais, nous n’acceptons plus cette division binaire. Le choix ne doit pas se faire entre vous et le chaos. Nous voulons une troisième option qui sera plus laïque, civile, et plus inclusive, et nous voulons une lutte sérieuse contre la corruption. » C’est vrai pour ces quatre pays…

Journaliste : Ces exigences sont claires, mais est-ce que quelqu’un écoute ? Y a-t-il une quelconque réaction positive ? Est-ce que quelqu’un tend une oreille amicale ?

Marwan Muasher : Ils vont écouter par étapes. Dans de nombreux pays arabes, nous avons constaté un refus d’écouter les revendications de la population. Cependant, je ne pense pas que nous puissions faire marche arrière. Le changement ne sera ni lisse, ni facile, ni rapide, mais je considère chaque vague de ces manifestations comme une nouvelle tentative régionale visant à faire comprendre aux gouvernements qu’il est temps de réexaminer leurs systèmes. […]

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