Par Yigal Carmon et Romany Shaker*

La situation politique en Libye est caractérisée ces jours-ci par une guerre civile entre une partie majoritairement islamiste basée à Tripoli, dans l’ouest de la Libye, et une partie majoritairement non islamiste basée à Tobrouk, dans l’est de la Libye, les deux parties étant aidées par des gouvernements étrangers aux intérêts divergents. La confusion est encore exacerbée par le fait que, selon l’accord de 2015 parrainé par l’ONU entre les parties rivales, la partie dite « reconnue par l’ONU » ou même « internationalement reconnue », n’est pas la partie légitime mais usurpatrice.

L’accord politique libyen de décembre 2015 parrainé par l’ONU visait à apporter une couverture juridique temporaire – jusqu’aux élections de 2016 – aux deux rivaux politiques : un parlement élu dans l’est de la Libye et un exécutif (islamiste) à Tripoli, devant obtenir l’approbation du parlement. Cependant, le parlement élu n’a pas approuvé le gouvernement islamiste lors de deux votes de confiance, et le gouvernement n’a donc pas respecté la stipulation requise dans l’accord de 2015 parrainé par l’ONU. Le gouvernement de Tripoli a continué à régner dans l’ouest de la Libye et est toujours considéré comme « le gouvernement reconnu par l’ONU ». Le maintien du régime illégal des islamistes libyens s’inscrit dans la logique de leur refus de transférer le pouvoir au parlement nouvellement élu après leur défaite aux élections de 2014. (…)

Ainsi, l’accord négocié par l’ONU sert désormais à occulter la réalité :  celle de la prise de contrôle sournoise d’une milice islamiste soutenue par la Turquie et le Qatar. En réaction, leurs rivaux régionaux en Égypte et aux Émirats arabes unis soutiennent le camp adverse.

Ci-dessous des extraits en français du tour d’horizon des complexités libyennes. Lire le rapport intégral en anglais ici.

Les islamistes libyens ont refusé le résultat des élections

Après le renversement en 2011 du dirigeant libyen, le colonel Mouammar Al-Kadhafi, avec l’intervention de l’OTAN, des élections ont été organisées deux fois en Libye, en 2012 et en 2014, afin de procéder au remplacement de l’organe législatif intérimaire qui avait été mis en place peu après le début du soulèvement populaire anti-Kadhafi. Ces élections se sont déroulés de manière transparente, mais avec un faible taux de participation, et ont été accompagnées de menaces contre les candidats et les électeurs.

Les premières élections nationales en plus de 40 ans ont eu lieu en juillet 2012, avec 2 600 candidats : la plupart étaient indépendants, mais 400 représentaient des partis politiques. Au Congrès général national démocratiquement élu, composé de 200 membres, une coalition modérée a remporté 39 des 80 sièges réservés aux partis, tandis que ses rivaux islamistes, une branche politique des Frères musulmans, en ont remporté 17. Les 120 autres sièges ont été remportés par des candidats ostensiblement indépendants.

Lors des deuxièmes élections, tenues en juin 2014, environ 1,5 million d’électeurs étaient inscrits, soit près de la moitié des 2,8 millions d’inscrits aux élections de 2012. Les élections ont été marquées par une violence meurtrière et un faible taux de participation : seuls quelque 600 000 personnes ont voté. Lors de ces élections, aucun siège n’était réservé aux partis politiques et tous les candidats se sont présentés en tant qu’indépendants. Par conséquent, on ne peut se faire qu’une estimation approximative de la signification réelle du résultat de ces élections : dans la Chambre des représentants nouvellement élue de 200 sièges, les islamistes n’ont obtenu que 30 sièges. Leur piètre performance a déclenché la violence des milices islamistes à Tripoli.

Le Congrès national contrôlé par les islamistes a refusé de céder les rênes du pouvoir à la Chambre des représentants nouvellement élue. Il s’est réuni de nouveau à Tripoli et a déclaré la formation d’un gouvernement de salut national, empêchant la transition pacifique du pouvoir politique et organisant en fait un coup d’État contre le parlement nouvellement élu. Libya Dawn, une alliance de milices islamistes dirigée par les Frères musulmans, s’est mobilisée à Tripoli et a pris le contrôle de ses institutions, forçant la Chambre des représentants nouvellement élue à quitter Tripoli. Elle s’est relocalisée à Tobrouk dans l’est de la Libye, près de la frontière égyptienne, [4] et la Libye s’est dès lors retrouvée dirigée par deux organes – dont un seul, le parlement, a bien été élu – et privée de stabilité. À cette époque, le parlement de l’est de la Libye bénéficiait du soutien de la communauté internationale en tant que seul organe législatif libyen.

Sur le chemin de la guerre civile, l’ONU a négocié deux accords – qui ont échoué. (…)

Lire la suite du rapport original en anglais ici

Yigal Carmon est président fondateur de MEMRI ; Romany Shaker est chercheur à MEMRI