Le 14 avril 2018, près d’une semaine après l’attaque chimique du président syrien Bachar Al-Assad contre la ville de Douma, près de Damas, qui a fait des dizaines de victimes, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France ont lancé une frappe militaire conjointe contre des bases et installations du régime liées à ses capacités militaires chimiques. L’attaque a révélé au grand jour la controverse opposant les deux dirigeants du monde arabe, l’Egypte et l’Arabie saoudite, sur la question syrienne.[1] Avant même que la frappe ne se produise, l’Arabie saoudite avait exprimé son ferme soutien à une action militaire contre le régime syrien, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman ayant déclaré sa volonté de participer à une telle action, « si elle s’imposait ».[2]

Peu de temps avant la frappe, un éditorialiste du quotidien gouvernemental saoudien Okaz avait même appelé les Etats-Unis à prendre pour cible le palais d’Assad à Damas, pour le dissuader d’utiliser de nouveau des armes chimiques.[3] Les autorités saoudiennes ont salué l’attaque, alors que des articles de presse reprochaient aux Etats-Unis et à leurs alliés de ne pas avoir mené une attaque de plus grande envergure, susceptible de bouleverser l’équilibre des forces sur le terrain.

A l’opposé, l’Egypte a critiqué l’offensive des pays occidentaux en Syrie. Le ministère des Affaires étrangères égyptien a exprimé sa préoccupation face à « l’escalade militaire » en Syrie, laissant entendre que l’Egypte doutait de la justesse des déclarations américaines selon lesquelles le régime d’Assad aurait utilisé des armes chimiques à Douma. Il a demandé une « enquête internationale transparente » sur les événements survenus dans cette ville.[4] La presse égyptienne gouvernementale et pro-gouvernementale a été encore plus loin, exprimant son soutien au régime syrien et qualifiant l’attaque occidentale d’agression injustifiée. Selon un article, les Etats-Unis auraient fourni des armes chimiques aux organisations rebelles pour qu’elles puissent mener des attaques contre les civils, et pour pouvoir ensuite les imputer au régime syrien.

D’autres articles ont reproché à la Russie et à l’Iran de ne pas avoir levé le petit doigt pour repousser l’attaque, alors qu’ils disposent de forces en Syrie.

Le présent rapport examine les réactions en Arabie saoudite et en Egypte à l’attaque conjointe des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France en Syrie.

Egypte : L’attaque était une erreur et un acte injustifié, qui ne fera que compliquer la situation en Syrie

Comme indiqué, l’Egypte a critiqué l’attaque des pays occidentaux, la qualifiant d’escalade des hostilités susceptible de saboter les efforts, notamment de la part de la Russie, pour instaurer des cessez-le-feu en Syrie (cessez-le-feu qui, il convient de l’observer, profitent au régime syrien et à ses alliés). L’Egypte a même émis des doutes sur la responsabilité du régime syrien dans l’attaque chimique de Douma. Selon un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères, quelques heures après les frappes occidentales : « L’Egypte exprime sa vive préoccupation devant l’escalade militaire actuelle dans l’arène syrienne, en raison de ses implications pour la sécurité de nos frères, le peuple syrien et parce qu’elle menace les accords conclus concernant les zones de désescalade.[5] L’Egypte souligne son opposition totale à l’utilisation en Syrie de tout type d’arme interdit par le [droit] international et demande l’ouverture d’une enquête internationale transparente sur cette question, basée sur les sources d’autorité et les mécanismes internationaux. L’Egypte exprime sa solidarité avec le peuple syrien, qui s’efforce de réaliser son aspiration à vivre dans la stabilité et la sécurité, et de maintenir ses capacités nationales, l’intégrité et l’unité de sa terre, par le biais d’une entente globale entre tous les éléments politiques syriens, au lieu de tenter de détruire ses aspirations et ses espoirs. L’Egypte appelle la communauté internationale et les grandes puissances à s’acquitter de leur responsabilité de faire pression en faveur d’une solution pacifique à la crise syrienne… » [6]

Le porte-parole de la présidence égyptienne Bassam Radi s’est également dit préoccupé de la “dernière escalade” et a exprimé son soutien au régime d’Assad, affirmant que l’Egypte soutient « les gouvernements et les armées nationales légitimes ».[7]

La presse égyptienne a exprimé une opposition encore plus virulente à l’attaque occidentale en Syrie, qu’elle a qualifiée d’agression. L’on pouvait lire en gros titres du quotidien Al-Masri Al-Yawm, le lendemain de l’attaque : « Une agression tripartite contre la Syrie », « La Syrie dans l’enfer de l’agression militaire tripartite » et le « Dernier [acte d’] agression à l’aube déclenchera l’éruption des volcans de la colère en Egypte et déchaînera les vents de la partition ». [8] Selon un article du même journal, en « dépit des désaccords politiques et des divergences [de positions] entre le Caire et Damas, les relations entre l’Egypte et la Syrie restent historiques”. Et de comparer l’attaque contre la Syrie à la guerre de 1956, au cours de laquelle des forces britanniques, françaises et israéliennes avaient envahi le Sinaï, après après la nationalisation du canal de Suez par le président égyptien Gamal Abd Al-Nasser, estimant que les deux pays ont par conséquent à la fois des rêves et des souvenirs douloureux en commun.[9]

Titre d’Al-Masri Al-Yawm : « La Syrie dans l’enfer de l’agression militaire tripartite ».

Selon d’autres articles de la presse gouvernementale égyptienne, l’attaque militaire viole le droit international et est injustifiée, du fait qu’il n’existe aucune preuve qu’Assad a utilisé des armes chimiques. Cette attaque visait à sauver les « terroristes », à savoir les organisations rebelles, après leur échec dans leur action contre le régime syrien, et allait exacerber les souffrances du peuple syrien. Certains articles condamnent les alliés du régime syrien, l’Iran et la Syrie, et les accusent d’avoir trahi le régime, en s’abstenant de repousser l’attaque occidentale. […]

L’Arabie saoudite : cette attaque fut une réaction inefficace à un acte criminel

Comme indiqué, suite à l’attaque occidentale, l’Arabie saoudite a exprimé son « soutien total à l’action militaire menée par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France contre des cibles militaires en Syrie ». Un responsable du ministère des Affaires étrangères a affirmé que l’attaque était une réponse à l’utilisation répétée par le régime syrien d’armes chimiques, interdites par la communauté internationale, contre des civils innocents, y compris des femmes et des enfants, « en sus des crimes haineux qu’il perpètre depuis des années contre nos frères, le peuple syrien ».[16]

Toutefois, des articles de la presse saoudienne ont dénoncé la nature de l’attaque. Certains articles ont critiqué sa portée et ses cibles limitées, affirmant qu’elle ne dissuaderait pas Assad de continuer de massacrer son peuple. D’autres ont déploré le choix des trois pays de réagir après l’utilisation d’armes chimiques, alors qu’ils ont fermé les yeux lorsque le régime syrien massacrait son propre peuple avec des armes conventionnelles sept ans durant. Plusieurs articles contenaient des critiques implicites de l’Egypte, qui a protesté contre l’attaque. […]

Lire le rapport dans son intégralité en anglais

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here