Avant-Propos

Dans le contexte de la crise mondiale du coronavirus, de la montée du complotisme, des populismes et des extrémismes dans le monde et en France notamment, MEMRI publie une étude en 10 parties sur l’antisémitisme en France. Cette étude de fond, réalisée ces derniers mois, présente l’évolution de l’antisémitisme en France en s’appuyant sur des exemples, des sondages d’opinion, des statistiques. Ci-dessous la 4ème partie.

4. Les acteurs de l’antisémitisme

En France, contrairement à ce qui est pratiqué dans de nombreux autres pays, notamment anglo-saxons, il n’est pas possible de disposer de statistiques sur l’origine ethnique ou l’appartenance religieuse des auteurs d’actes antisémites ou racistes. De plus, il faut distinguer entre les personnes qui nourrissent simplement des opinions antisémites et celles qui passent à l’acte antisémite.

En matière de formulation de propos antisémites, il apparaît toutefois dès le sondage européen publié en 2013 que l’antisémitisme se concentre en France à gauche et/ou parmi les musulmans « extrémistes » [i].

Ces données sont confirmées par le sondage publié en 2018 [ii].

Il n’y a que la CNCDH pour ne pas remarquer cette réalité de vingt ans attestée par tous les observateurs de la société française.

Plusieurs tendances se dessinent également avec netteté dans les enquêtes de 2014 et dont les conclusions demeurent valides :

  • une centralité de l’antisémitisme dans l’idéologie d’extrême droite, présente à l’extrême gauche (et chez les Verts) sous le nom d’antisionisme ;
  • une corrélation entre antisionisme et politisation (c’est-à-dire proximité avec un parti politique quel qu’il soit, même centriste) ;
  • une corrélation entre antisémitisme et conviction que la démocratie fonctionne mal ;
  • une proportionnalité entre l’intensité de l’antisémitisme et la confiance dans les institutions religieuses chrétiennes et islamiques ;
  • une proportionnalité entre l’intensité de l’antisémitisme et celle de la pratique de l’islam.

* L’extrême droite

Contrairement aux Juifs, victimes de l’antisémitisme, et aux analystes de la société française depuis le début des années 2000, le grand public identifie encore l’antisémitisme avec l’extrême droite bien plus qu’avec l’extrême gauche (30 % contre 9 %) [iii].

Le principal parti d’extrême droite en France, le Front national devenu Rassemblement national, a pris officiellement ses distances avec l’antisémitisme pour d’évidentes raisons stratégiques. Son leader, Jean-Marie Le Pen, adoptant une stratégie de provocation et de coalition des mécontents, pouvait se permettre des formulations antisémites en public, quitte à être condamné par la justice. Sa fille, Marine Le Pen, à la tête du Rassemblement national, adopte une posture d’opposition respectable, susceptible de déboucher sur une prise de pouvoir qui exige de faire table rase de toute forme d’antisémitisme affiché. De plus, les musulmans qui forment entre cinq et dix pour cent de la population française représentent une source d’inquiétude plus sérieuse sur laquelle capitaliser politiquement.

Reste qu’elle préside le parti de son père. En 2014, le pourcentage d’opinions antisémites formulées par les sympathisants d’extrême droite est très supérieur à celui de la moyenne des Français. Ils sont alors environ 38 % à penser qu’« un Français Juif n’est pas aussi français qu’un autre Français », contre 16 % en moyenne nationale (mais les sympathisants d’extrême droite sont près de 75% à dire qu’« un Français musulman n’est pas aussi français qu’un autre Français »). Les sympathisants du Front national et ses électeurs sont deux fois plus nombreux que la moyenne à ne pas soutenir le principe d’un enseignement de la Shoah pour éviter qu’elle se reproduise [iv].

Dans la mesure où cette inquiétude à l’égard des musulmans est partagée par de nombreux Juifs victimes d’actes antisémites dont les musulmans sont très majoritairement les auteurs, le Rassemblement national attire paradoxalement le vote de certains Juifs.

La promotion de l’antisémitisme traditionnel à l’extrême droite est surtout assurée par des groupuscules incapables de trouver leur place sur l’échiquier politique mais dotés de moyens suffisants pour pouvoir s’exprimer publiquement : identitaires, nationalistes révolutionnaires, catholiques opposés à Vatican II, royalistes, etc.

Par exemple, le journal Rivarol paraît toujours sans interruption depuis 1951 et diffuse les thèmes classiques de l’antisémitisme d’extrême droite (dénonciation d’un « complot judéo-maçonnique ») et du négationnisme en prenant soin de choisir des formulations qui ne tombent pas sous le coup de la loi [v]. Cette extrême droite est d’ailleurs passée maîtresse dans l’art de contourner la législation sur la discrimination raciale ou la négation de crime contre l’humanité en utilisant des périphrases telles que « puissances d’argent apatrides » au lieu de « finance juive » ou « lobby qui n’existe pas » pour « lobby juif », et en invoquant la critique historique et la « liberté d’expression » pour mettre en doute la Shoah.

Utilisant les mêmes instruments lexicaux, un nouvel antisémitisme d’extrême droite l’a emporté sur l’ancien en intensité et en efficacité. Ses deux principales figures de proue sont le théoricien Alain Bonnet dit Alain Soral et l’humoriste Dieudonné M’bala M’bala. Aucun des deux ne vient de l’extrême droite traditionnelle. Alain Soral dit avoir été membre du Parti communiste et Dieudonné, qui a commencé sa carrière en duo avec un humoriste juif, s’est engagé dans un mouvement antiraciste et a même été candidat contre le Front national lors d’élections locales. Ils sont aujourd’hui les deux principaux vecteurs d’un antisémitisme rajeuni et populaire.

Dieudonné invente la « quenelle », à la fois bras d’honneur et salut nazi inversé (le bras tendu vers le haut étant interdit par la loi), comme signe de ralliement très vite chargé de connotations antisémites. Il pose en la faisant sur son affiche de campagne (Alain Soral est à sa gauche) :

En 2014, une enquête d’opinion pose comme question : « Vous, personnellement, estimez-vous que Dieudonné a plutôt raison ou plutôt tort quand il dit qu’il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale ? ». 16 % des participants estime que le comédien plusieurs fois condamné pour antisémitisme a, en cette matière, « plutôt raison », 45 % « plutôt tort » ; 39 % ne se prononcent pas [vi]. On retrouve le même pourcentage de soutiens à Dieudonné dans l’idée qu’il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale [vii].

Cette même enquête met en évidence que près d’un quart des Français voit l’influence de la communauté juive dans l’interdiction administrative du spectacle négationniste et antisémite de Dieudonné en 2014 [viii].

L’originalité de Dieudonné par rapport à Alain Soral est qu’il a des origines africaines et n’est donc pas suspect d’incarner le racisme traditionnel de l’extrême droite française. Ses thèmes de prédilection sont la mainmise des sionistes sur les media, l’imposition de leur victimologie à la France, « territoire occupé par le sionisme », les dividendes qu’ils tirent du Shoah business et de la « pornographie mémorielle », l’occultation de leur participation à l’esclavage des noirs et le soutien qu’ils apportent au massacre des Palestiniens par Israël.

Sa dénonciation de l’enseignement de la Shoah au motif que celle-ci est devenue une sorte de « religion » d’Etat imposée à la France par le lobby juif pour mieux dominer d’autres minorités dont les souffrances sont passées sous silence, trouve un écho favorable tant à l’extrême droite qu’au sein des populations issues de l’immigration africaine et nord-africaine [ix].

Les relations entre les différentes familles de l’extrême droite ont toujours été très tendues en France mais l’antisémitisme leur assure un solide ciment. On peut le constater lors du « Jour de colère », la manifestation organisée à Paris contre la politique et la personne du président de la République François Hollande le 26 janvier 2014. Réunissant 160 000 participants d’après ses organisateurs, 17 000 d’après la police et au maximum entre 25 et 30 000 d’après les journalistes présents, le « Jour de colère » permet l’expression dans les rues de Paris de slogans qui semblaient dater de l’Affaire Dreyfus ou des manifestations fascistes de l’entre-deux-guerres. Entre les explosions de pétards et les insultes contre le président de la République et le gouvernement, on pouvait entendre « Mort aux juifs et aux sionistes ! », « Juifs hors de France ! » ou « Juif casse-toi, la France n’est pas à toi ! ».

Si à Paris, les adhérents de l’extrême droite « identitaire » aux crânes rasés ont également insulté à l’occasion les partisans de Dieudonné issus de l’immigration, tous ont partagé les « quenelles » et le symbole négationniste qu’est devenu l’ananas rimant avec « Shoah » [x]. Le même jour, à Lyon, un groupe de 150 « Quenelliers lyonnais » a réuni près de 150 personnes qui ont entonné la chanson négationniste de Dieudonné « Shoah-nanas », en brandissant des pancartes « Non au sionisme ».

Le « Jour de colère » est la première grande manifestation publique qui atteste la fusion de l’antisémitisme des « opprimés » (racialement, socialement ou économiquement) et de l’antisémitisme racial et nationaliste des années 1880-1945. Pour de nombreux observateurs, « c’est la première fois depuis longtemps, qu’une extrême droite, pour le moins éclatée, mobilise autant. C’est encore la première fois depuis longtemps que des slogans antisémites, négationnistes, sont scandés de manière totalement assumée dans un défilé de cette importance. Sans compter les mots d’ordre violents visant les journalistes et les homosexuels. C’est la première fois, enfin, que l’ultra-droite, dans ses composantes les plus radicales et les plus racistes, cohabite sans heurt dans un même cortège avec des militants plus métissés, issus de la « Dieudosphère », sous le mot d’ordre de « la liberté d’expression » [xi]. »

Politiquement, le « Jour de colère » de 2014 n’a pas le succès escompté par ses organisateurs mais il rend possible sur la voie publique l’expression d’un antisémitisme jusqu’alors contenu sur l’Internet et une indignation collective de la part de la presse et de la classe politique.

Les extrémistes de droite, actifs en matière de diffusion des opinions antisémites, sont toutefois minoritaires dès qu’il s’agit de passer à l’acte [xii].

* Gauche et extrême gauche « antisionistes »

L’extrême gauche renoue largement au début du 21e siècle avec l’antisémitisme révolutionnaire anticapitaliste né en France au 19e siècle, bien avant l’antisémitisme nationaliste et raciste de l’extrême droite. Dans le discours de l’extrême gauche française, les Juifs redeviennent l’incarnation de la finance internationale dominant le monde après avoir été celle du capitalisme industriel [xiii].

La logique de l’extrême gauche française est exactement la même que celle de toutes les extrêmes gauches à travers le monde : elle affirme que les Juifs sont tous des sionistes (à l’exception des Juifs antisionistes d’extrême gauche qui justifient leur qualité par la haine de soi), c’est-à-dire des partisans de l’Etat d’Israël. Or, cet Etat est par essence un Etat colonialiste, impérialiste et raciste ; donc les Juifs incarnent a priori un soutien mondial à l’oppression exercée par Israël sur les Palestiniens et sont à ce titre des racistes.

Cette réduction marque en quelque sorte le succès de plusieurs décennies d’une propagande palestinienne imprégnée du vocabulaire tiers-mondiste utilisé pendant la Guerre froide et qui survit à la chute de l’URSS. Le parti pris antisioniste d’une grande partie de la gauche et de l’extrême gauche française est lié à la fois à l’héritage soviétique et à diverses stratégies électorales de survie dans une société où le marxisme perd prise. En effet, on constate le remplacement de la « classe ouvrière » – en voie de disparition sociologique avec le passage à une société de services depuis plus d’un demi-siècle en France – par la population musulmane défavorisée.

Le Parti communiste se contente de reprendre la vulgate antisioniste mais n’hésite pas à aller au-delà en adoptant le mensonge pur et simple. Lorsque le film antimusulman L’Innocence des musulmans est diffusé en 2012 et crée un scandale planétaire, en particulier au sein de l’umma, le député européen communiste et directeur de L’Humanité Patrick Le Hyaric, annonce, lors de la Fête de l’Humanité, le 18 septembre 2012, que le film a été réalisé par un « intégriste israélien » [xiv]. Le 20 novembre 2017, sur le plateau de France Info, le secrétaire général du Parti Communiste Français Pierre Laurent prétend que « Marine Le Pen [présidente du Front national] a été reçue en grande pompe en Israël » afin d’associer Israël et l’extrême droite [xv].

Pour le spécialiste de cette question, Simon Epstein, « Tariq Ramadan ou Carlos communient dans la grande Cause avec feu Stéphane Hessel, Edgar Morin, Étienne Balibar ou Judith Butler. Sans oublier Edwy Plenel et ses fans. De Jean Genet à Alain Badiou, en passant par les négationnistes Roger Garaudy et Serge Thion, l’intellectualisation de la judéophobie est restée fixée à l’extrême gauche [xvi]. » Elle justifie l’antisionisme au vu de la situation moyen-orientale simplifiée et interprétée dans un sens hostile à Israël. A l’inverse, lorsque des Juifs en France sont tués ou agressés, ces mêmes mouvements et partis politiques antisionistes dénoncent l’antisémitisme au motif qu’ils sont toujours du côté de la victime et de l’opprimé.

Si les Juifs étaient une race sémite hostile et malfaisante après avoir été un peuple déicide, ils deviennent depuis la fin du 20e siècle des « sionistes » – réels ou potentiels – tenants d’une idéologie raciste de domination. Contrairement à l’extrême droite qui reste fidèle aux anciennes formes d’antisémitisme, la gauche et l’extrême gauche diabolisent désormais les Juifs au nom de l’antiracisme, cette diabolisation prenant des formes extrêmes lorsque l’Etat juif est assimilé à un Etat nazi et les « sionistes » à sa cinquième colonne à travers le monde. Il s’ensuit que les « Palestiniens » sont les nouveaux Juifs, surtout depuis la seconde Intifada (l’extrême gauche a « découvert » la Shoah en France lorsqu’elle est devenue utile pour sensibiliser la jeunesse française au danger que représente l’extrême droite en 1984 avant de s’en saisir pour en retourner le souvenir contre Israël à la fin du 20e siècle).

La transformation des Arabes palestiniens en Juifs de substitution permet la nazification des Juifs et une inversion victimaire qui explique en grande partie la vigueur du nouvel antisémitisme à l’échelle mondiale. Les mouvements d’extrême gauche communautaristes comme celui des Indigènes de la République qui s’affiche anticolonialiste, anti-impérialiste et antisioniste dans la mesure où le sionisme est tenu pour un colonialisme, adhèrent à la vision victimaire arabo-africaine [xvii]. Il en est de même des suprémacistes noirs, pendant des suprémacistes blancs, qui revendiquent également l’antisémitisme, comme les anciens adeptes de la Tribu Ka [xviii], mouvement de Kemi Seba (depuis converti à l’islam) dissous en 2006 par le gouvernement pour antisémitisme et « actions menaçantes à l’égard de personnes de confession juive » [xix].

Le vocable « antisioniste » devient ainsi un euphémisme légalement utilisable lorsque l’adjectif « antisémite » tomberait sous le coup de la loi s’il était revendiqué. L’antisionisme n’est donc qu’un autre mot pour l’antisémitisme, malgré toutes les arguties qui nourrissent le prétendu débat sur la distinction entre les deux termes, permettant paradoxalement à des militants, principalement d’extrême gauche, d’être antisémites sans même se l’avouer ou en être conscients. L’inversion victimaire rend possible une situation paradoxale dans laquelle des militants antiracistes, érigeant la cause palestinienne en combat moral universel face au mal absolu incarné par Israël, tiennent des propos intrinsèquement antisémites en se croyant seulement antisionistes. Le sondage de la Fondation pour l’innovation politique de 2014 le met clairement en évidence [xx] :

A ce titre, la situation française ne diffère en rien de celle qu’on peut rencontrer dans d’autres pays occidentaux.

Jean-Luc Mélenchon, chef du principal parti d’extrême gauche, la France insoumise, choisit pour tactique d’inverser les rôles de la victime et du coupable en dénonçant, en novembre 2019, le « communautarisme épais, violent », et selon lui « agressif » à son égard du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), prenant à l’inverse la défense des musulmans stigmatisés par les Juifs [xxi].

Promouvant la ligne d’extrême gauche combinant un refus de principe de l’antisémitisme et un antisionisme viscéral, Jean-Luc Mélenchon est sans doute meurtri de n’avoir pu s’associer à la marche en mémoire de Mireille Knoll [xxii]. Quoi qu’il en soit, il décide de faire des Juifs une cible politique, assumant désormais que l’extrême gauche soit perçue comme une menace aussi sérieuse que l’extrême droite – si ce n’est davantage – par les Juifs.

Au lendemain de la défaite du parti travailliste britannique aux élections législatives de décembre 2019, il exprime dans un post de blog sur l’Internet son soutien à Jeremy Corbyn : « Au lieu de riposter, il a composé. Il a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud. Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. […] Retraite à points, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogants des communautaristes du CRIF : c’est non [xxiii] », réactivant le mythe du lobby juif national et international. A ce titre, le lapsus vite corrigé de Jean-Luc Mélenchon à propos d’une députée de son parti fera réfléchir les psychanalystes : « Danièle Obono est une militante antiraciste et antisémite… contre l’antisémitisme, pardon » [xxiv].

En renouant avec un antisémitisme fondateur de l’extrême gauche tout en s’en défendant, Jean-Luc Mélenchon fait un choix très conjoncturel, choisissant de jouer la carte de l’islam dans des territoires largement peuplés de musulmans pour gagner les élections. A ce titre, l’« islamo-gauchisme » antisémite est une stratégie politique. L’antisémitisme lui permet d’accéder à un vivier important d’électeurs. Pour l’ancien directeur de Charlie Hebdo, Philippe Val, « Le totalitarisme va avec l’antisémitisme, l’extrême gauche est presque génétiquement antisémite. Certains d’extrême gauche ne sont pas antisémites, mais ils fricotent. […] Les individus qui fricotent avec les Frères musulmans ou les indigènes de la République constituent un laboratoire de l’antisémitisme [xxv]. »

Certains produits issus de ce laboratoire d’extrême gauche se retrouvent au sein de la gauche traditionnelle. La haine d’Israël y est si intense qu’elle rend possible l’expression d’un regret lorsque des Israéliens ne meurent pas. Lors d’une réplique parmi d’autres aux attaques palestiniennes à l’issue de laquelle on ne compte que des victimes palestiniennes, l’ancien candidat socialiste à la présidence de la République, Benoît Hamon, dit le 17 mai 2018 : « Hélas les morts ne sont que d’un seul côté ». On retrouve la même idée sous la plume de Jérôme Bourbon, directeur de publication de Rivarol.

Ceux qui voient dans le « Jour de colère » le retour des slogans vieux d’un siècle, comme Robert Badinter [xxvi], oublient ou font semblant d’oublier que « Mort aux Juifs ! » est une formule de retour à Paris dès 2000, place de la République, lors d’une manifestation de soutien aux Palestiniens à laquelle participent des organisations antiracistes comme le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples. Celui-ci se sent alors obligé de condamner de telles formules à la suite des protestations issues de la communauté juive mais très timidement relayées par la presse généraliste [xxvii]. Quand le même cri est entendu dans une manifestation semblable en 2009, la secrétaire nationale du Parti communiste ne juge pas utile de quitter le cortège.

L’idéologie de Jean-Luc Mélenchon se retrouve paradoxalement au cœur de l’organisation qui a fait de la défense de la laïcité sa raison d’être : le Grand Orient de France (qui s’était débarrassé depuis plus d’un siècle de ses loges antisémites). En juin 2109, le vœu d’une loge formulé par un franc-maçon d’extrême gauche puis transmis au congrès régional du Grand Orient pour vote et approbation, demandait aux responsables du Grand Orient de « ne plus participer aux différents événements organisés par le Conseil représentatif des institutions juives de France » sous prétexte que le CRIF serait le relais de la politique israélienne en France, elle-même qualifiée de « politique de l’extrême droite religieuse » et responsable de l’antisémitisme en France. Indignés, d’autres francs-maçons ont rendu ce vœu public, conduisant le Grand maître de l’ordre à publier un communiqué déclarant que « les francs-maçons ne sont pas antisémites, comme ils ne sont ni racistes, ni xénophobes [xxviii] ».

Dans tous les cas, il est clair que si l’extrême droite a souvent le courage d’affirmer son idéologie antisémite publiquement, la gauche et l’extrême gauche antisémite ne l’a pas.

 

[i] https://fra.europa.eu/sites/default/files/fra-2013-discrimination-hate-crime-against-jews-eu-member-states_fr.pdf

[ii] https://fra.europa.eu/sites/default/files/fra_uploads/fra-2019-antisemitism-overview-2008-2018_en.pdf

[iii] http://www.fondapol.org/wp-content/uploads/2020/01/RADIOGRAPHIEantisemitisme2.pdf

[iv] http://www.fondapol.org/wp-content/uploads/2014/11/CONF2press-Antisemitisme-DOC-6-web11h51.pdf

[v] http://memri.fr/2019/11/04/rivarol-lholocauste-un-truc-de-la-seconde-guerre-mondiale/

[vi] https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2019/02/115960-Présentation-version-publiée.pdf

[vii] http://www.fondapol.org/wp-content/uploads/2014/11/CONF2press-Antisemitisme-DOC-6-web11h51.pdf

[viii] http://www.fondapol.org/wp-content/uploads/2014/11/CONF2press-Antisemitisme-DOC-6-web11h51.pdf

[ix] http://memri.fr/2011/11/25/dieudonne-prepare-son-prochain-film-lantisemite/ et https://www.memri.org/reports/antisemitic-french-comedian-dieudonn %C3 %A9-mbala-mbala-release-iran-produced-film-anti-semite

[x] http://memri.fr/2016/05/04/quenelle-la-page-facebook-ouvertement-antisemite-des-fans-de-dieudonne/

[xi] https://www.lemonde.fr/politique/article/2014/01/27/la-defaite-politique-de-jour-de-colere_5992843_823448.html

[xii] http://www.fondapol.org/wp-content/uploads/2017/09/115-NOTE-A4-DUE-ENSTAD_2017-09-19_web.pdf

[xiii] https://www.revuedesdeuxmondes.fr/antisemitisme-les-errements-dans-la-gauche-radicale

[xiv] https://infoequitable.org/israel-premiere-victime-des-fake-news/

[xv] https://infoequitable.org/le-pen-recue-en-grande-pompe-en-israel-encore-un-enorme-mensonge-du-parti-communiste/

[xvi] https://www.manfredgerstenfeld.com/60-ans-de-parti-pris-intellectuel-francais-contre-israel/

[xvii] http://indigenes-republique.fr/le-bureau-executif-du-mrap-denonce-le-pir-comme-antisemite-analyse-dune-strategie/

[xviii] http://www1.rfi.fr/actufr/articles/077/article_44059.asp

[xix] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=B3D9EC5CF7A1EFE7494AF78124F32575.tpdjo11v_3?cidTexte=JORFTEXT000000607539&dateTexte=&oldAction=rechJO

[xx] http://www.fondapol.org/wp-content/uploads/2014/11/CONF2press-Antisemitisme-DOC-6-web11h51.pdf

[xxi] Le chef de La France Insoumise a critiqué « le communautarisme épais, violent », et selon lui « agressif » à son égard du CRIF (cf. https://www.lefigaro.fr/actualite-france/nouvelles-crise-entre-melenchon-et-le-crif-20191215)

[xxii] http://www.slate.fr/story/185390/jean-luc-melenchon-pas-antisemite-mais-corbyn

[xxiii] https://www.publicsenat.fr/article/politique/melenchon-s-en-prend-au-crif-en-commentant-la-defaite-du-labour-britannique-148373

[xxiv] France 2, L’Emission politique, 30 novembre 2017 ().

[xxv] https://www.i24news.tv/fr/actu/international/europe/1576440880-le-juif-n-a-meme-pas-besoin-d-exister-pour-qu-il-y-ait-de-l-antisemitisme-philippe-val-sur-i24news

[xxvi] https://www.francetvinfo.fr/politique/robert-badinter-denonce-les-cris-antisemites-de-la-manifestation-jour-de-colere_520319.html

[xxvii] Cf. Pierre-André Taguieff, La Nouvelle judéophobie, op. cit., p. 187.

[xxviii] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/antisemitisme-fin-d-une-vive-polemique-entre-le-grand-orient-de-france-et-le-crif-20190826