En dépit des demandes des Etats-Unis de cesser le paiement des allocations aux prisonniers et aux familles des « martyrs » palestiniens, des officiels haut-placés de l’AP, le président Mahmoud Abbas à leur tête, ont réitéré leur position selon laquelle les allocations devaient continuer d’être versées, les bénéficiaires n’étant pas des terroristes, mais des soldats qui ont combattu pour leur peuple, et car celles-ci constituent une assistance sociale. [1] 

Abbas : Je ne ferai pas de compromis sur les allocations des prisonniers et des martyrs

Le quotidien en ligne de Gaza Dunya Al-Watan a cité le membre du Comité central du Fatah, Jamal Muhaisen, faisant l’éloge de la position d’Abbas sur les allocations versées aux prisonniers. Selon Muhaisen, Abbas a déclaré en réaction à la demande américaine de cesser le versement des allocations : « Même si je devais démissionner, je ne ferai aucun compromis sur les allocations des martyrs et des prisonniers. Je suis le président de l’ensemble du peuple palestinien, y compris des prisonniers, des martyrs, des blessés, des expulsés et des migrants forcés. » [2] Cette déclaration d’Abbas a également été reprise sur une bannière figurant sur la page Facebook officielle du Fatah : [3]

Abbas dans un communiqué à la Conférence de Herzliya : « Les paiements pour soutenir les familles sont une responsabilité sociale »

Dans un communiqué à la Conférence de Herzliya de juin 2017, lu par son conseiller Nabil Shaath, Mahmoud Abbas a déclaré que « les paiements pour soutenir les familles relèvent d’une responsabilité sociale de prendre soin de personnes innocentes touchées par l’incarcération ou le meurtre de leurs proches en conséquence de l’occupation militaire ». [4]

Le dirigeant du Club des prisonniers palestiniens : les allocations sont une question de consensus ; notre combat est juste

Qadura Fares, chef du Club des prisonniers palestiniens, a déclaré dans une interview au quotidien Al-Quds : « La question des allocations aux prisonniers et aux prisonniers libérés est une question essentielle et idéologique très chère à nos cœurs, en tant que [membres du] peuple palestinien… Notre discours est que notre combat est juste et légitime, qui ne pourra être abandonné qu’une fois que nous aurons obtenu intégralement nos droits, lesquels sont appuyés par le droit international… La question des allocations est une question de principe, et personne au sein de la direction [palestinienne] ou de l’OLP ne peut renoncer à ce principe, de quelque manière que ce soit. Il existe un consensus clair sur le fait que [les allocations] ne doivent pas être suspendues, aussi cela ne m’inquiète pas du tout. »[5]

Un éditorialiste du quotidien de l’AP Al-Ayyam : Les incidents au cours desquels des civils ont été atteints étaient des erreurs anormales

Muhannad Abd Al-Hamid, éditorialiste du quotidien de l’AP Al-Ayyam, a écrit :

La guerre autour de nos symboles nationaux, qui inclut le démantèlement du système national et de valeurs humaines, constitue le danger immédiat qui menace actuellement le peuple palestinien. La campagne autour du monument en l’honneur du martyr Khaled Nazzal dans la ville de Jénine [6] était la dernière expression de ce combat, dans lequel notre résolution a triomphé de l’arrogance de l’occupation, car malgré la destruction du monument… l’occupation n’est pas parvenue, et ne parviendra jamais, à effacer l’amour et l’estime ressentis par la jeunesse [palestinienne] envers les martyrs, y compris le martyr Khaled Nazzal, dont le nom reste gravé dans leurs cœurs. Au contraire, les attaques de l’occupation contre le monument ont aidé les nouvelles générations de Palestiniens à connaître [Nazzal], l’un des meilleurs ayant risqué leurs vies et tout sacrifié sur l’autel de la liberté de leur peuple…

Si la demande israélo-américaine de punir les familles des martyrs et des prisonniers en annulant leurs droits financiers est acceptée, cela équivaudra à transformer le combat pour la libération de la Palestine – combat dont la légitimité est reconnue par une majorité absolue des pays du monde entier – en crime ; en d’autres termes, [cela signifiera] l’effacement des valeurs nationales et humaines dont l’essence est la liberté… Nous devons absolument rejeter ces demandes et refuser de négocier à ce sujet, peu importe la sévérité de la réaction israélienne et américaine et le montant du prix à payer…

Israël exploite les erreurs et les violations du droit international des Palestiniens, en particulier la tendance à viser parfois des civils à l’intérieur et à l’extérieur des terres en litige, ou à viser des non-Israéliens. Je parle ici des actions que les Palestiniens ont vite reconnues comme étant des erreurs tactiques et auxquelles ils ont renoncé, comme les détournements d’avion [des années 1960 et 1980], l’attentat de Munich en 1972 contre les athlètes israéliens, l’attentat du sommet de l’OPEC [à Vienne en 1975], et les attentats-suicides du Hamas contre des cibles israéliennes, qui ont été officiellement condamnés par l’Autorité palestinienne, laquelle a également arrêté leurs responsables.

Oui, au cours du combat il y a eu des erreurs et des violations palestiniennes [du droit international] qui ont nui à la cause palestinienne. Mais il s’agissait d’exceptions, pas de la règle, et comme elles étaient secondaires, le soutien international au peuple palestinien est resté intact, et s’est même accru. Israël et les Etats-Unis, et certains cercles occidentaux, confondent [délibérément] le combat légitime des Palestiniens, qui est l’approche principale et dominante, et les opérations illégitimes contre des civils qui violent le droit international. Israël voudrait utiliser ces erreurs pour mettre dans le même panier le combat palestinien dans son ensemble, le terrorisme mondial et [les actions] des organisations tafkiries extrémistes…

La reconnaissance par les Palestiniens de leurs erreurs, leur renonciation à [de telles actions] et leur respect du droit international, qui reconnaît la légitimité du combat palestinien, sont la meilleure réponse aux tentatives d’extorsion israélo-américaines. Ils sont aussi le point de départ d’une contre-offensive palestinienne contre le terrorisme d’Etat et les crimes israéliens, qui n’ont pas de date d’expiration. Alors que les erreurs palestiniennes sont l’exception, les violations [du droit international] par Israël et ses atrocités sont la règle. En outre, les erreurs [palestiniennes] – qui sont l’exception – ne transforment pas les combattants [qui en sont responsables] en terroristes. Ils demeurent des combattants de la liberté, confrontés aux violations israéliennes, qui équivalent à des crimes contre l’humanité. » [7]

Un éditorialiste d’Al-Ayyam : Israël cherche à diffamer notre combat sacré, en le présentant comme du terrorisme

L’éditorialiste d’Al-Ayyam, Tawfiq Abu Shumar, a écrit :

Nous pensons qu’Israël, comme les autres pays, a bouclé le dossier de [la question] des prisonniers palestiniens selon l’adage : « on fait la paix avec ses ennemis… » Le but d’inclure la question des prisonniers sous l’étiquette du terrorisme est de désacraliser la cause palestinienne et d’effacer l’expression « prisonnier de guerre » du [discours sur] les prisonniers palestiniens en les accusant de terrorisme. Pour accomplir cette tâche, il suffit de les associer au terrorisme mondial, qui noircit l’image de la cause palestinienne…

[Grâce à] une large campagne internationale, parrainée par les Etats-Unis, Israël a tenté de convaincre les pays que l’argent des contribuables américains et européens finit dans la poche des prisonniers palestiniens, à savoir des terroristes [palestiniens]. Israël a compilé un dossier spécial, qui a été soumis à Donald Trump, énumérant les destinataires des allocations, classés selon le nombre d’années passées en prison. Il a diffusé ce dossier au sein de ses ambassades et en a fait, grâce à son influence dans les médias, la nouvelle question urgente [à l’ordre du jour]. La pire conséquence [de tout cela] est que les combattants emprisonnés sont lésés, et parviennent à la conclusion que leur pays ne mérite pas leur sacrifice. C’est [précisément] ce qu’Israël veut obtenir : porter un coup au besoin inné du combat sacré palestinien. C’est [précisément] leur manière de démanteler le fondement le plus important du combat palestinien, avant de détruire, un à un, les autres piliers essentiels de ce combat, à savoir Jérusalem comme capitale de la Palestine, le droit au retour des réfugiés palestiniens, la fin de l’occupation et le démantèlement des implantations. [8] 

Lien vers le rapport en anglais

Notes :
[1] Le soutien financier de l’AP aux prisonniers détenus et libérés et aux familles des « martyrs » a été examiné en détail par le président de MEMRI, Yigal Carmon, dans sa déposition le 6 juillet 2016 devant le Congrès américain. Voir MEMRI en français, Le témoignage du président de MEMRI Yigal Carmon devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants, le 6 juillet 2016 : l’Autorité palestinienne aide financièrement les terroristes emprisonnés, libérés et blessés, et les familles des « martyrs », 12 juillet 2016.
[2] Alwatanvoice.com, 2 juillet 2017.
[3] Facebook.com/officialfateh1965, 2 juillet 2017.
[4] Al-Quds (Jérusalem), 22 juin 2017.
[5] Al-Quds (Jérusalem), 24 juin 2017.
[6] Khaled Nazzal était le chef du Front démocratique de Libération de la Palestine (FDLP), et le responsable de l’organisation d’attentats meurtriers contre des Israéliens, notamment le massacre de Maalot, au cours duquel 27 Israéliens, pour la plupart des écoliers, ont été tués. Sur les récentes tentatives palestiniennes  d’honorer sa mémoire, voir MEMRI en français, Le combat des Palestiniens pour célébrer la mémoire du cerveau de l’attentat meurtrier contre des écoliers israéliens en 1974, 6 juillet 2017.
[7] Al-Ayyam (AP), 4 juillet 2017.
[8] Al-Ayyam (AP), 28 juin 2017.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here