Dans un article intitulé « Si j’étais palestinien », paru le 24 février 2020 dans le quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, basé à Londres, l’auteur et journaliste égyptien Khalid Al-Bari compare la perception des Palestiniens de leur cause au diagnostic erroné d’une maladie, qui non seulement ne résout pas le problème, mais l’aggrave. Il leur demande d’évaluer leur situation objectivement afin de trouver une solution leur offrant une vie digne.

Dans leur quête d’une solution, dit-il, les Palestiniens doivent prendre en considération la puissance d’Israël, le caractère limité du soutien des Etats arabes à leur cause et le fait que tous ceux qui vendent des solutions anciennes et erronées au conflit n’ont pas leur intérêt à cœur. Il les exhorte à abandonner l’idée de la lutte armée et du sacrifice de soi, à rechercher la paix avec Israël et à se focaliser sur la création de communautés dynamiques et d’une gouvernance efficace dans une partie de la Palestine historique, pour commencer à vivre leurs vies . Extraits : [1]

Une de mes parentes a eu mal au ventre pendant sa grossesse et est allée consulter un médecin, qui a diagnostiqué une infection bactérienne au foie et a dit [à sa famille] de lui donner des sucreries pour contrer son faible taux de sucre. Sa famille… l’a donc gavée de crème au caramel.

Il existe deux types de diagnostics erronés, tous deux graves. L’un [se méprend sur] les raisons de la maladie : vous perdez du temps à vous faire soigner d’une maladie que vous n’avez pas, alors que la vraie maladie continue de se propager dans votre corps. Ce type de diagnostic erroné est une catastrophe. L’autre diagnostic erroné est encore plus catastrophique, car il est l’inverse [du bon] : non seulement il ignore et néglige la vraie maladie, mais l’aggrave.

Nous assistons au même phénomène en politique. Nous effectuons un mauvais diagnostic de la maladie politique et le traitement appliqué passe totalement outre [le véritable problème] ou renforce les facteurs qui l’ont causée, au lieu de les éliminer. Parfois, le mauvais diagnostic est fourni par nos adversaires qui déclarent ouvertement leur hostilité à notre encontre.

La méthode la plus utilisée pour diffuser de fausses prescriptions [politiques] consiste à invoquer les « principes nationaux », c’est-à-dire de vieilles prescriptions qui étaient en vigueur il y a des centaines d’années et qui n’ont pas évolué [depuis]… La meilleure preuve de la mauvaise foi des défenseurs de ces « principes nationaux » est qu’ils dispensent leurs amis de les [respecter]. Ainsi, les Frères ottomans [les Frères musulmans, soutenus par la Turquie] diffusent toutes sortes d’idées politiques et sociales, tout en accordant à la Turquie une exemption permanente de les [respecter].

Pour en revenir à notre parente, nous avons fini par découvrir qu’elle souffrait de douleurs du côté droit de l’abdomen, sous les côtes, non pas à cause d’une infection du foie… mais à cause d’une pré-éclampsie, qui s’était développée du fait d’un diabète non diagnostiqué. Ainsi, le diagnostic erroné, ainsi que les grandes quantités de sucre [qu’elle a consommées conformément aux instructions du médecin], ont aggravé la maladie et causé une fausse couche, suivie d’un avertissement du danger qu’elle encourrait en cas de seconde grossesse.

Le diagnostic erroné du problème palestinien et [la prescription de] « principes nationaux » comme traitement ont pareillement rendu un mauvais service à la cause [palestinienne]. La transformer en combat religieux renforce sans nul doute la revendication d’Israël [sur sa terre], à l’appui du Livre des Ecritures le plus largement diffusé au monde [l’Ancien Testament] qui façonne encore, dans une large mesure, la mémoire historique en Occident.

En choisissant de classer le conflit [comme religieux], les Palestiniens ont choisi de mener un combat de boxe avec [le champion Mike] Tyson [Israël], au lieu de se mesurer à lui [dans une discipline] où il n’excelle pas. Si j’étais palestinien, ma priorité aurait été d’établir ma présence sur le terrain à l’intérieur des frontières historiques [de la Palestine]. Mon objectif temporaire aurait été de faire comprendre à mes fils… qu’il existe de nombreuses façons de vivre une vie digne, qu’une vie digne ne se limite pas à la « résistance armée » et au sacrifice de soi, et que la seule vérité concernant le conflit [entre Israéliens et Palestiniens] est qu’ils sont nés dans un territoire disputé…

Si j’étais palestinien, j’aurais compris… que les autres nations, amicales ou non, ne me soutiendront que si ce soutien ne se retourne pas contre elles et ne leur nuit pas… Si j’étais palestinien, j’aurais compris ce qu’il faut comprendre, à savoir que de nombreux pays de la région, malgré leur soutien aux droits des Palestiniens, sont [eux-mêmes] placés face à des menaces existentielles posées par des personnes que l’idéologie pousse à contrôler le destin de ceux qui les entourent, et que la Turquie, l’Iran et les combattants djihadistes posent un danger [encore] plus grand – et que malheureusement, certains dirigeants palestiniens ont choisi de rejoindre leur [camp].

Si j’étais palestinien, j’aurais compris qu’il n’y a pas de honte à effectuer un diagnostic rationnel de [la situation]. Un médecin ne doit pas avoir honte d’admettre qu’il doit réaliser une opération difficile, qui peut même aboutir à l’amputation d’un membre…

Il est vrai qu’Israël est un pays puissant, et c’est l’une des principales raisons de faire la paix avec lui. Il n’y a pas de honte à cela non plus. Le conflit a créé des conditions qui empirent de génération en génération. Les Palestiniens… doivent renouveler leur intérêt pour les questions quotidiennes, fonder de belles communautés qui inspireront [le monde], et prouver qu’ils sont capables de vivre en paix. Cela doit commencer par une sage gouvernance dans un territoire [donné]. C’est là, et seulement là, que se trouve le grand défi…

Lire le rapport en anglais

Note :

[1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 24 février 2020.