Une conférence intitulée « Antisémitisme : vérité ou justification politique », tenue le 16 octobre 2018 dans l’immeuble de l’Association pour la Défense de la Palestine, a marqué l’anniversaire de « l’assassinat d’Amir Tavakkol Kambouziya, pionnier de la lutte contre le sionisme en Iran ». Y ont assisté entre autres, en tant qu’orateurs, Ali Reza Soltan-Shahi et Shams Al-Din Rahmani. L’organisateur, Soltan-Shahi, est le secrétaire-général de l’Organisation d’aide à la Révolution islamique du peuple palestinien au sein du cabinet de la présidence iranienne. Il est aussi membre de l’équipe Free Palestine à l’Institut de recherche en sciences politiques NEDA. Shams Al-Din Rahmani est un chercheur sur la Palestine et le sionisme, et fut un élève d’Amir Tavakkol Kambouziya (décédé en 1975), qui était un écrivain et un opposant au Shah.

Ces deux orateurs ont repris des tropes antisémites bien connus, comme celui selon lequel les juifs sont la source du mal dans le monde, ou contrôlent l’économie mondiale, grâce à leur emprise sur les sources monétaires et pétrolières. Niant l’Holocauste, ils ont affirmé que les juifs exploitent ce « conte » pour atteindre leurs objectifs. Selon Rahmani, les juifs assassinent tous ceux qui ne coopèrent pas avec eux, et le meurtrier de l’imam Ali, gendre et cousin de Mohammed et quatrième calife, était un juif. Il a même soutenu dans son discours que la culture islamique était essentiellement antisémite et « qu’aucun livre au monde n’a autant répandu l’esprit de l’antisémitisme que le Coran ».

Récemment, l’agence de presse iranienne Fars, proche du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), a mentionné un livre intitulé Antisémitisme : vérité ou justification politique, publié en 2018 par l’Institution d’études et de recherche stratégiques et avec la coopération de la maison d’édition Shahid Kazemi. Le livre comporte une introduction et six chapitres, abordant l’antisémitisme et analysant « ce mythe politique inventé en Europe [l’Holocauste] qui s’est répandu dans le monde entier ».

Selon Soltan-Shahi, Amir Tavakkol Kambouziya était « un personnage très puissant dans la lutte contre les juifs. Il a combattu contre la pensée des juifs [focalisée sur] des aspirations d’expansion, à une époque où cette question n’était pas à l’ordre du jour [contrairement à aujourd’hui]. Kambouziya est décédé en 1975 dans des circonstances suspectes, et je pense qu’il a été tué et qu’il est devenu un martyr… Kambouzia était un fervent supporter de la politique [du fondateur de la Révolution islamique d’Iran, l’ayatollah Rouhollah] Khomeini… et en sus du farsi, il maîtrisait parfaitement l’arabe, le français, le russe, l’anglais et le turc ». Soltan-Shahi a ajouté que Kambouziya était un scientifique, théosophiste et philosophe, commentateur du Coran, logicien et historien.

Amir Tavakkol Kambouziya ; Kambouziya dans sa bibliothèque (Source : Mashregh, Iran, 23 février 2013)

Soltan-Shahi : « Pendant l’Holocauste, un grand nombre [de juifs] ont émigré en Palestine, pour pouvoir dire à l’opinion publique mondiale : « Ils ne nous laissaient pas vivre [là-bas] et nous ont expulsés » ; « Ces contes sont les récits mensongers des juifs »

Ali Reza Soltan-Shahi, qui s’est exprimé le premier lors de la conférence, a affirmé :

L’antisémitisme est indéniable. Je veux dire que, même si parfois nous prétendons ne pas être antisémites, en fait nous faisons preuve d’un comportement antisémite, et si nous ne faisons rien contre les juifs, nous nous sentons mal. Cela fait partie de notre culture.

Concernant la foi et la conduite des juifs, et en particulier des chrétiens [sic] qui sont originaires des pays européens, il faut dire que l’attitude des juifs est telle qu’ils sont exacerbés par quiconque n’est pas juif.

Les juifs imputent leurs actes à tous ceux qui ne sont pas juifs. Ainsi, disent-ils, « nous voulons quitter notre lieu de résidence, car ils nous harcèlent, ou nous tuent ». Mais la vérité est qu’ils émigrent parce qu’à cet endroit, les juifs n’ont plus d’intérêt monétaire et économique, et ils savent comment émigrer en grandes [vagues] en utilisant ce prétexte.

Par exemple, malgré le [bon] traitement que les juifs ont reçu de la part des habitants d’Isfahan [Iran], beaucoup sont partis. Ou encore, pendant l’Holocauste, un grand nombre d’entre eux ont émigré en Palestine, pour pouvoir dire à l’opinion publique internationale « ils ne nous ont pas laissé vivre [là-bas] et nous ont chassés » ; ces contes sont les récits mensongers des juifs.

Rahmani : « Kambouziya a maintenu que la raison principale de tous les problèmes était le [caractère] totalitaire du maléfice juif »

Le second orateur, Shams Al-Din Rahmani, a déclaré :

L’ensemble de la conjoncture mondiale actuelle résulte de la lutte des juifs depuis 4 000 ans contre l’islam – ce même islam qui, pour dire la vérité, [existe] depuis le premier homme.

En 1971, j’ai eu le privilège de rendre visite à Kambouziya à Zahedan. Là-bas, au milieu du désert, il avait établi une ferme. Il m’a invité dans son bureau, fait de boue et de paille, et il avait tant de livres qu’il n’y avait pas où s’asseoir. Kambouziya était très religieux. En 1971, il a été arrêté par [le SAVAK, l’organisation des services de renseignement du Shah et détenu] pendant deux semaines, et il a été libéré suite aux pressions de la France. Il possédait quelque 15 000 livres, et des figures importantes comme l’ayatollah [Ali] Khamenei, le [cheikh et idéologue de la Révolution islamique] l’ayatollah [Mahmoud] Talekani, le [théoricien révolutionnaire islamique] Jalal Al-e-Ahmad [décédé en 1969] et d’autres venaient le rencontrer.

Kambouziya soutenait que la raison principale de tous les problèmes était le caractère totalitaire du maléfice juif… Bon nombre de décès de personnalités antisémites au cours de l’histoire, comme ceux de Jalal al-e-Ahmad, [du président égyptien] Gamal Abd Al-Nasser, et de l’ayatollah Talekani [sont suspects], et il faut dire que les juifs ont tenté d’attirer à eux ces personnes, et que dès lors qu’ils ont échoué, ils les ont éliminées. L’une des accusations [lors du procès] du Lt.-Gén Rezwani (chef du SAVAK à Zahedan) concernait les circonstances suspectes du décès de Kambouziya…

Le rôle des juifs à l’aube de l’islam, et dans le processus de traduction des écrits de la philosophie [grecque] est clair. L’islam n’avait aucun lien avec les juifs, tant qu’ils gardaient leurs opinions pour eux. Mais dès lors qu’ils ont voulu donner à leurs opinions une dimension pratique et enchevêtrer la société, l’islam est devenu l’ennemi de ce judaïsme, le percevant comme du sionisme.[1]

Rahmani : « Comment des officiels américains [osent-ils] instiller le sentiment que l’Holocauste juif serait lié à l’histoire [américaine] ?… Les juifs ont fait tout ce tapage pour exercer leur domination »

Le site Internet de la famille de l’ayatollah Khomeini, Jamaran.ir, qui a aussi rendu compte de la conférence, comportait d’autres déclarations de Rahmani :

Yedidya Shofet, le rabbin des juifs d’Iran [jusqu’à la Révolution islamique de 1979], écrit dans ses mémoires : « Je suis allé rendre visite à l’ayatollah Talekani après la révolution. Je lui ai dit que, dans le langage des juifs, ‘juif’ et ‘Israël’ sont des synonymes, [et que] lorsqu’ils entendent le slogan ‘Mort à Israël !’, les juifs pensent qu’ils sont visés. » Depuis lors, selon [Shofet], l’ayatollah Talekani n’a plus dit « Mort à Israël » dans ses discours lors des prières du vendredi… Mais nous connaissons l’ayatollah Talekani et ses antécédents [et nous savons que cela n’est pas vrai].

Répétant sa négation de l’Holocauste, Rahmani a ajouté :

Par exemple, ils montrent sur ces photographies [des camps de concentration] un monceau de chaussures, et en extrapolent le génocide des juifs. Comment [pouvons-]nous comprendre, à partir de cette photo de chaussures, qu’elles étaient portées par les juifs qui ont été par la suite assassinés ?!

Les juifs aux Etats-Unis contrôlent [tout], et l’atmosphère là-bas n’est pas du tout antisémite, et il y a plus de juifs là-bas qu’en Israël. Toute l’infrastructure économique des médias et le Council on Foreign Relations aux Etats-Unis sont aux mains des juifs, où ils ont élaboré [le récit] de l’Holocauste et où des musées de l’Holocauste ont été créés partout. Comment les officiels américains [osent-ils] instiller le sentiment que l’Holocauste juif est lié à l’histoire [américaine] – en dépit du fait que les Etats-Unis n’ont joué aucun rôle dans l’Holocauste, et que ceux qui en ont été victimes n’avaient pas de racines américaines ? Les juifs ont fait tout ce tapage afin de prendre contrôle [de tout], et ils le font afin de justifier [leur besoin] de défendre les juifs.

L’ayatollah Hashem Rasouli Mahallati [officiel du régime iranien proche du Guide suprême Khamenei] a écrit que dans [la ville de] Kufeh [capitale de l’imam Ali, nommée Najaf depuis l’enterrement de celui-ci et située dans l’Irak actuel] habitaient 8 000 juifs, qui se sont opposés à l’imam Hossein et à l’imam Ali. Cheikh Abbas Qomi [décédé en 1941] a écrit que la mère d’Ibn Mujam Mordi [qui a assassiné Ali en 661] étant juive [et donc que l’assassin d’Ali était un juif]. [2]

Rahmani : « Aucun livre au monde ne répand l’esprit de l’antisémitisme comme le Coran… Toutes les allégations des juifs sur un génocide à leur encontre sont des mensonges et des contre-vérités »

Defapress.com, site proche du CGRI, a également rendu compte de la conférence, citant les déclarations de Shams Al-Din Rahmani :

Aucun livre au monde ne répand l’esprit de l’antisémitisme comme le Coran, mais pas au sens d’une hostilité envers les juifs religieux. Le Coran a toujours combattu l’activité des juifs, pas leurs pensées.

Au sujet des critiques contre le livre Antisémitisme : Vérité ou justification politique, Rahmani a déclaré :

Le judaïsme et le christianisme que nous connaissons aujourd’hui ne doivent pas être reconnus comme des religions monothéistes, en raison de la grave déformation qui y a été introduite. Ainsi, les juifs ne croient pas en une vie après la mort. L’islam authentique [à savoir le chiisme] entretient une perpétuelle inimitié envers les juifs (sionistes), qui ont un problème avec l’islam. Au cours de l’histoire de l’islam, nous constatons que dans toutes les armées des guerres de l’islam contre les juifs, l’imam Ali dirigeait l’armée. Après l’assassinat de l’imam Ali et le début du règne des Omeyyades et de la dynastie d’Abbas [tous deux sunnites], [l’islam sunnite] n’a éprouvé aucune haine envers les juifs, ni aucun sentiment négatif.

Toutes les allégations des juifs sur un génocide à leur encontre sont des mensonges et des contre-vérités. Bien qu’il existe de nombreux documents qui réfutent l’Holocauste, ils [les juifs] ne les divulguent pas, et ils montrent [au lieu de cela] des photos non pertinentes, qui ne permettent pas de prouver ou d’appuyer leurs allégations [selon lesquelles l’Holocauste a eu lieu]…

Au-delà des questions religieuses, le différend entre les juifs et les Iraniens est enraciné dans l’histoire. La propagande des sionistes est très vaste, elle opère en profondeur et elle est profondément enracinée, leur permettant de se présenter comme véridiques, alors que ce sont [essentiellement] des mensonges.

Les juifs mentent aussi au sujet de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont attaqué Hitler, mais n’ont jamais mentionné la cruauté du [Premier ministre britannique Winston] Churchill et des autres. Le plus petit nombre donné de personnes assassinées pendant la guerre était de 60 millions, [tandis que] les juifs affirment que cinq millions d’entre eux ont été brûlés dans les fours. Ils ne parlent jamais des autres victimes de la guerre. Pourquoi n’autorisent-ils [personne] poser de telles questions, et pourquoi ne parlent-ils que d’une allégation qui ne peut être prouvée ?

Malheureusement, il y a ceux en Iran qui, sous couvert d’intellectualisme, accusent tous ceux qui s’expriment contre les juifs sionistes de fascisme et d’antisémitisme. Nous devons emprunter cette voie avec sagesse et découvrir la vérité, et toujours la dire. Nous devons clarifier et expliquer les doutes [sur la question de savoir si l’Holocauste a vraiment eu lieu]. [3]

Lien vers le rapport en anglais

Notes :

[1] Fars (Iran), 17 octobre 2018.

[2] jamaran.ir, 17 octobre 2018.

[3] Defapress.ir, 16 octobre 2018.

 

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