Un article publié le 25 septembre 2018 dans le quotidien libanais Al-Modon, connu pour son opposition au Hezbollah, analyse le déploiement des forces du Hezbollah du côté syrien de la frontière avec le Liban. L’article, signé par Ahmad Al-Shami, indique que le Hezbollah contrôle de larges secteurs du Gouvernorat occidental de Rif Dimashq, incluant une bande frontalière de 3 à 5 km de longueur, et renforce sa présence dans la région en créant des bases militaires, des avant-postes situés à des endroits stratégiques, des bases d’entraînement et des entrepôts souterrains. Plus de 1 500 agents du Hezbollah sont déployés sur plus de 100 avant-postes militaires à Rif Dimashq, et l’une de ces positions abrite également les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), et sert d’état-major iranien. Le Hezbollah tire également des avantages économiques de sa présence dans le secteur, en faisant passer clandestinement des hommes, des véhicules et des marchandises à travers la frontière, et en aidant la population à obtenir un visa pour le Liban, moyennant une rémunération. L’un des objectifs de l’organisation en contrôlant la région, qui comprend de nombreux villages chiites, est de se doter d’un lieu de stockage pour ses armes, s’il devenait impossible de continuer à les entreposer au Liban. Extraits :[1]

Bien qu’elle ait chassé les forces d’opposition [syriennes] du [gouvernorat] occidental de Rif Dimashq il y a un an et demi, après des années de siège, la milice libanaise du Hezbollah reste dans des avant-postes militaires isolés et de nombreux périmètres de sécurité dans plusieurs villes de la Ghouta occidentale, tandis que la zone contrôlée par la milice [du Hezbollah] le long de la frontière Syrie-Liban s’étend sur 3 à 5 km.

Selon une source militaire de l’opposition, plus de 1 500 agents du Hezbollah sont déployés sur plus de 100 avant-postes militaires dans la région occidentale du [Gouvernorat] de Rif Dimashq, et les renseignements de l’armée de l’air sont le seul élément militaire syrien qui partage le contrôle de la zone avec eux. Cette source ajoute que tous les commandants et agents du Hezbollah dans la région sont des subordonnés directs de l’appareil de sécurité du Hezbollah, la Branche 910, qui jouit d’une large autorité et compétence pour toutes les prises de décisions dans la région.

La même source observe également que la plupart des hommes du Hezbollah dans la région se trouvent dans des avant-postes créés sur le sol syrien, le long de la frontière libanaise, considérés comme des avant-postes des garde-frontières, depuis l’avant-poste de Masnaa jusqu’à l’extrémité de la juridiction administrative de la région des plaines de Rankous. Ces avant-postes sont espacés d’un kilomètre.

Une source bien informée dans la [ville d’] Al-Zabadani a confié au quotidien que le Hezbollah continue de contrôler le quartier d’Al-Shallah et des parties du quartier occidental [de la ville], considérées comme sa zone de sécurité, ainsi que Qalat Al-Tal et Zahr Al-Qadhib à l’ouest de la ville, qui sont des points d’observation très importants dans la région. L’organisation dispose également de bases militaires à Serghaya et à Ain Hawr le long de la frontière, et contrôle des avant-postes dans la région boisée autour du village de Bloudan. En outre, elle utilise les villas et autres bâtiments appartenant à des Saoudiens… comme centres de villégiature pour ses membres.

Dans les villes de Kfeir Yabous et de Jdeidat Yabous, le Hezbollah bénéficie du contrôle total, même si le gouvernement syrien y possède des bureaux. Le Hezbollah détient des listes exhaustives des résidents de ces deux villes, et personne ne peut sortir ou entrer si son nom ne figure pas sur ces listes. Dans les villages de Maadar et d’Atib, la situation est similaire et à Atib, le Hezbollah a créé une vaste base d’entraînement où se trouvait [autrefois] la brigade de radars de défense aérienne [des forces] du régime [syrien].

Depuis que le Hezbollah a assiégé la ville de Madaya,[2] il a créé dans la plaine [autour du] village, que les habitants locaux appellent Marjat Al-Tal, une vaste position militaire fermée, couvrant plus de trois kilomètres carrés et entourée d’une zone d’intrusion interdite de plus de deux kilomètres de long. L’on estime que le Hezbollah dispose d’entrepôts souterrains dans la région. De même, le Hezbollah et le CGRI [iranien] contrôlent la base militaire d’Al-Talai, qu’ils utilisent comme camp d’entraînement et comme salle iranienne des opérations.

Au nord du village de Baqin, face à Madaya, le Hezbollah dispose d’une seule position, un immeuble de six étages que les habitants de la ville appellent Abd Al-Majid. Cet immeuble est utilisé par le Hezbollah comme salle des opérations et son entrepôt tient lieu de prison. Dans les villes de Qudsaya et d’Al-Hama, il n’y a aucune présence du Hezbollah. L’organisation a retiré ses forces vers le village de Wadi Barada, quelques jours après avoir participé à la prise de contrôle des villes aux côtés des forces du régime d’Assad.

Selon le membre des médias Omar Al-Shami, originaire de Qudsaya, le Hezbollah contrôle les collines les plus hautes de Wadi Barada, Al-Nabi Habil et Ard Al-Dahra. Ce sont des points stratégiques qui permettent à l’organisation d’observer toute la région. Elle y a établi des bases d’entraînement pour ses agents. Le Hezbollah et les renseignements de l’armée de l’air syrienne contrôlent les villages de Basima et d’Ain Al-Fijah. Ils empêchent les villageois d’y retourner, alors même qu’aucun élément de l’opposition ne s’y trouve depuis deux ans.

Le Hezbollah utilise ses avant-postes à la frontière pour introduire clandestinement des hommes et des marchandises de la Syrie au Liban et vice-versa. Dans la ville d’Al-Dimas, l’organisation dispose de vastes entrepôts pour les marchandises importées du Liban et ils sont considérés comme une sorte de « marché libre »…

Selon le quotidien, le Hezbollah mène un trafic humain entre les deux pays, et fait passer en contrebande des motocycles et d’autres véhicules – parfois avec la coopération d’officiers des douanes syriens – et moyennant paiement, il aide à obtenir des visas pour le Liban. Il ajoute : « [Les sources ont souligné le fait] que le Hezbollah aspire à demeurer dans la région occidentale du gouvernorat de Rif Dimashq, car les villes et villages à la frontière libanaise de Hermel [au Liban] à Yahfufa et Jdeidat Yabous [en Syrie] sont tous chiites [et soutiennent donc l’organisation]… Le Hezbollah élabore une stratégie pour l’avenir, et il maintient une présence armée dans la région [en Syrie] comme plan alternatif, au cas où la pression au Liban pour transférer les armes aux mains de l’armée libanaise seulement [3] augmenterait, [et si cela se produit, le Hezbollah pourrait conserver ses armes en Syrie]. »

Lien vers le rapport en anglais

Notes :

[1] Al-Modon (Liban), 25 septembre 2018.

[2] Pour plus d’informations sur le siège de Madaya par le Hezbollah, voir MEMRI en français, Le Hezbollah critiqué au Liban pour avoir assiégé Madaya : La famine imposée aux Syriens rappelle les crimes d’extermination de masse, 11 février 2016.

[3] Sur la controverse au Liban il y a quelques années concernant les armes du Hezbollah, voir notamment, Cinq anciens présidents et premiers ministres libanais adressent au Sommet de la Ligue arabe une lettre contre l’ingérence du Hezbollah en Syrie et celle de l’Iran dans le monde arabe, 2 avril 2017 ; Enquête et analyse n° 1011, Lebanese President Michel Suleiman Renews His Attack On Hizbullah’s Weapons, 22 août 2013 ; Dépêche spéciale n° 2640, A Second Hizbullah Missile Explosion in South Lebanon Intensifies Lebanon’s Internal Dispute over Hizbullah’s Weapons, 24 novembre 2009.

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