Dans un article paru le 23 octobre 2017 dans le quotidien saoudien Al-Riyadh, la journaliste et universitaire saoudienne Baina Al-Mulhim adresse des critiques cinglantes au Hamas. Cet article a été écrit dans le contexte du récent rapprochement entre le Hamas et l’Iran, reflété par la visite d’une délégation de haut niveau du Hamas à Téhéran et par les déclarations d’officiels du mouvement soulignant l’importance du renforcement des relations avec l’Iran et louant le soutien financier et politique qu’il lui offre.[1]

Al-Mulhim écrit que le Hamas traverse une crise identitaire du fait que, tout en étant un mouvement sunnite, il suit le modèle iranien chiite et a créé un émirat iranien à Gaza. Selon elle, ses dirigeants sont totalement assujettis aux ayatollahs iraniens. Le Hamas, à l’instar du Hezbollah, n’est pas un mouvement de résistance mais plutôt un « contractuel » qui applique le programme iranien et exploite les problèmes du peuple palestinien à des fins politiques. Extraits :

[L’accord] de réconciliation Hamas-Fatah vient tout juste d’être signé, et je me suis demandée, dans un autre article, si le Hamas était vraiment sérieux, et si la réconciliation allait lui faire retrouver ses esprits et son arabisme… et voilà que, il y a tout juste quelques jours, [une information] a été publiée concernant une délégation du Hamas dirigée par Salah Al-Arouri, vice-président du bureau politique du Hamas, arrivée à Téhéran vendredi dernier [20 octobre 2017] pour rencontrer des officiels iraniens, comme l’a confirmé un officiel du Hamas… Cet officiel, qui a souhaité conserver l’anonymat, a révélé que la délégation de haut niveau comportait plusieurs [autres] membres du bureau politique du Hamas, et qu’elle devait rencontrer plusieurs officiels iraniens plusieurs jours durant. Il a affirmé que l’objet de la visite était « d’informer les officiels iraniens de l’accord de réconciliation signé par le Hamas et le Fatah, et des développements politiques [récents] », ajoutant que la délégation allait également discuter de « moyens de renforcer et de développer les relations bilatérales entre le Hamas et l’Iran et d’assurer le soutien financier et politique de l’Iran au mouvement, ainsi que son [aide] en matière d’armement ». Le dirigeant du Hamas à Gaza, Yahya Al-Sinwar, a lui également souligné que « l’Iran est le plus grand soutien des Brigades Al-Qassam », la branche militaire du Hamas, « en termes d’armes, d’argent et de formation ».

Comme on le sait, l’Iran parraine, pour des raisons politiques, des mouvements sunnites qui professent des opinions radicales, parmi lesquels le Hamas. Personne ne conteste que le soutien politique est une chose et le soutien religieux une autre. L’un des paradoxes, qui devrait donner matière à réflexion à quiconque a tenté dans le passé de justifier le Hamas, est que l’Iran soutient les Frères musulmans [sunnites] en Egypte, davantage qu’il ne soutient le Parti islamique Dawa en Irak [chiite].

A Gaza, le Hamas a créé un émirat iranien, totalement soumis à l’Ayatollah [à savoir le Guide suprême Ali Khamenei]. Nous n’avons pas oublié le discours du [dirigeant du Hamas] Khaled Mashaal, le 1er octobre 2011, au palais de Khamenei, qui était une réitération de sa loyauté et de son obédience [à l’Iran]. Mashaal était, après tout, ni plus ni moins qu’un employé des ayatollahs iraniens !

Le problème des mouvements idéologiques, comme le Hezbollah et le Hamas – qui se présentent comme des mouvements de résistance, mais qui, selon la voie politique empruntée par tous deux… ne sont rien de plus que des « contractuels » [de l’Iran] – est que leur utilisation des problèmes de leur peuple à des fins politiques, économiques et matérielles est le modèle dominant de leur activité et de leurs positions. Comme le prouve leur position sur la révolution en Syrie, qui correspond à celle de leur protecteur, l’Iran !

Le Hamas traverse une crise interne – une crise identitaire plus que politique – vis-à-vis des Arabes ou vis-à-vis de plusieurs pays arabes, dirigés par l’Arabie saoudite et l’Egypte. [Le Hamas] craint ces deux pays et choisit l’Iran, non pas parce que [le mouvement] serait un paria – comme ceux qui défendent sa position pro-Iran tentent de le prétendre – mais parce que le Hamas considère l’Iran comme un modèle qu’il aspire à imiter en créant un émirat islamique à Gaza.

Le retour du Hamas dans [le giron du] régime iranien,  comme en témoigne sa visite [à Téhéran] – alors qu’il sait parfaitement que la voie du retour dans le monde arabe passe uniquement par [le pli] arabe – adresse un message, selon lequel le Hamas est encore en train de « faire du surplace ». [2]

 Lien vers le rapport en anglais

Notes :
[1] Sur le récent rapprochement entre le Hamas et l’Iran, voir MEMRI en français Parallèlement à la réconciliation avec le Fatah, des officiels du Hamas renforcent leurs liens avec l’Iran et appellent à « rayer Israël de la carte », 26 octobre 2017.
[2] Al-Riyadh (Arabie saoudite), 23 octobre 2017.

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